Pas de chasse aux œufs pour les vignerons bourguignons cette année, mais un réveil glacé qui inquiète. Les gelées des 27 et 28 mars ont frappé la Bourgogne, et si le pire semble évité, beaucoup dépendra du redoux attendu à Pâques. Vous allez comprendre pourquoi ces quelques jours froids peuvent encore faire basculer une récolte.
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Que s’est-il passé les 27 et 28 mars ?
Deux types de gel se sont succédé : des gels advectifs puis des gels radiatifs. Les températures ont chuté localement, mais elles n’ont pas atteint les minima observés en 2021. Les experts locaux, dont Thomas Gouroux de la Chambre d’Agriculture et Pierre Petitot d’Apex Conseil Viticole, estiment que la situation reste moins dramatique que lors des épisodes précédents.
Concrètement, on trouve des dégâts répartis, parfois sur quelques pieds ou baguettes. Le chardonnay, souvent plus avancé, a été plus sensible que le pinot noir. Les observations évoquent rarement plus de 50 % de bourgeons touchés sur une parcelle et il n’y aurait pas, pour l’instant, de secteurs entièrement dévastés.
Où les signes de gel sont-ils visibles ?
Certains signes apparaissent déjà dans le châtillonnais, dans les hautes côtes et autour de Nolay. Dans les hauteurs, de la neige est même tombée le 26 mars, et localement 4 mm de pluie ont humidifié des bourgeons juste avant la première gelée. Cette humidité peut accroître la sensibilité au gel.
Sur le terrain, vous verrez parfois des bourgeons brunis, presque rouille. En les ouvrant, certains restent verts à l’intérieur. D’autres sont secs et morts. Ce contraste rend l’évaluation délicate tant que la végétation n’a pas repris.
Pourquoi le redoux de Pâques est décisif
Après une longue période froide qui avait ralenti la pousse, des journées annoncées à 15 °C en moyenne et des maxima proches de 23 °C vont provoquer un emballement de la végétation. Ce réveil rapide va révéler la réalité des dégâts.
Si le réchauffement est net, les bourgeons « mal en point » vont soit repartir, soit montrer clairement leur nécrose. Les techniciens attendent ce retour de chaleur pour dresser un diagnostic fiable. Jusqu’à ce moment, toute estimation reste partielle.
Quel impact potentiel sur la récolte ?
Au-delà des pertes directes de bourgeons, la période entre le débourrement et l’étalement des premières feuilles est cruciale. Selon les physiologistes cités par les conseillers, environ 40 % de la construction du rendement se joue pendant cette fenêtre.
La longue séquence froide peut entraîner du filage des inflorescences. En clair, certaines grappes se développent mal et le nombre de grappes par pied peut diminuer. Même sans destruction massive, la précocité et la qualité du printemps peuvent réduire le rendement final.
Que peuvent faire les vignerons maintenant ?
La première règle est d’attendre le redoux pour évaluer. Couper ou intervenir trop tôt risque d’empirer la situation. Surveillez vos parcelles daily, marquez les zones où les bourgeons brunissent et notez les microclimats.
Anticipez aussi la suite : préparez les moyens de protection contre de nouvelles gelées possibles (ventilation, chauffages, aspersion) et organisez la relève pour les parcelles les plus avancées. Enfin, communiquez avec vos conseillers techniques. Leur expérience reste précieuse pour estimer l’impact réel et adapter les pratiques de taille ou de gestion du feuillage.
Que retenir ?
Les gels du 27 et 28 mars inquiètent, mais la situation n’est pas comparable aux épisodes les plus lourds. Beaucoup dépend du redoux de Pâques et de la reprise de la végétation. Vous verrez la vérité dans les jours qui viennent. D’ici là, vigilance, observation et préparation restent les meilleurs atouts pour limiter les dégâts.


